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Flores genitales
feminines un equilibre a preserver - J.M Bohbot
La Lettre du
Gynécologue -n° 290- mars 2004
L'organisme humain
comporte plusieurs systèmes microbiens complexes qui colonisent des
organes ou des ensembles d'organes: les flores microbiennes.
De leur équilibre dépend la "bonne santé" de l'organe en cause. Un
déséquilibre de ces flores peut conduire à un incon- fort bénin mais
aussi à des infections sérieuses avec risque de complications parfois
sévères.
Au niveau gynécologique, l'attention s'est surtout focalisée sur la
flore vaginale qui, actuellement, est bien connue. En revanche, la
composition de la flore vulvaire reste plus mysté- rieuse. En fait, des
travaux récents ont permis de distinguer deux types de flores dans la
région vulvaire: une flore vul- vaire proprement dite et une flore
vestibulaire ( 1 ). Une meilleure connaissance de la composition de ces
flores permet de comprendre la genèse des infections locales (gynécolo-
giques), mais aussi des infections urinaires (cystites) si fré- quentes
en pathologie féminine. Elle permet également d'adapter les produits d'hygiène
aux spécificités locales de manière à limiter le risque de déséquilibre
microbiologique.
.RAPPEL ANATOMO-HISTOLOGIQUE
La vulve est composée de deux plans superposés: les grandes lèvres en
suIJemcie et les petites lèvres en profondeur. Les petites lèvres
limitent en dehors une dépression appelée "vestibule". C'est au fond de
ce vestibule que s'ouvrent le vagin et l'urètre.
.Les grandes lèvres sont deux replis cutanés. Leur face externe est
recouverte d'un épithélium malpighien pileux avec de nombreuses glandes
sudoripares et sébacées. Leur face interne, d'aspect muqueux, est, en
fait, tapissée d'un épithé- lium malpighien riche en glandes sébacées.
.Les petites lèvres sont également deux replis cutanés conte- nant, dans
leur épaisseur, un tissu fibro-élastique conférant un caractère érectile
à cet organe. L'épithélium malpighien des petites lèvres est riche en
glandes sébacées.
.Le vestibule est tapissé d'un épithélium pavimenteux strati- fié. Sa
lubrification est assurée par des glandes vestibulaires dont les plus
importantes sont les glandes de Bartholin situées dans l'épaisseur des
grandes lèvres.
.LE RESPECT DU pH
L'un des critères d'équilibre de ces différentes flores est le res- pect
du pH spécifique local qui, entre autres, limite toute pro- lifération
microbienne anormale. On sait qu'il existe un gra- dient de pH entre la
zone cutanée de la vulve et la cavité vaginale. Ainsi, le pH mesuré au
niveau des grandes lèvres est acide et se situe entre 5,2 et 5,5. Plus
on se rapproche de la cavité vaginale, plus le pH s'acidifie donc
diminue. Il est environ de 4,8 au niveau du vestibule et compris entre
4,0 et 4,5 à l'intérieur de la cavité vaginale (figure I).

LA FLORE BACTÉRIENNE
Il convient de distinguer trois types de flore dans la région génitale
féminine: la flore vulvaire proprement dite, qui colo- nise les petites
et les grandes lèvres, la flore vestibulaire et la flore vaginale-
.La flore vulvaire est une flore de type cutané avec des germes
résidents: essentiellement bactéries et champignons adaptés aux
conditions écologiques qui dominent sur l'épi- derme; on y trouve
surtout des bactéries à Gram positif (sta- phylocoques, corynébactéries,
Propionibacterium spp), et Malassezia fuifur. Cette flore résidente joue
un rôle essentiel dans l'équilibre physicochimique de la peau et
constitue une barrière efficace contre la colonisation par des microbes
exo- gènes. La vulve étant une région humide, la densité des staphylo-
coques peut atteindre lQJ à I(y; UFC/cm2 (unité formant colonie) alors
qu:elle n'est que de 10 à lQJ UFC/cm2 dans les régions sèches. A côté de
ces germes résidents, existent des germes dits transitaires, originaires
des muqueuses voisines, c'est-à-dire essentiellement d'origine digestive
(entérobactéries).
.La flore vestibulaire, d'après une étude récente, apparaît comme très
voisine de cèlle retrouvée au niveau des cul-de-sacs vaginaux ( 1 ). Il
s'agit d'une flore dense et monomorphe, essen- tiellement composée de
lactobaciUes, en concentration légère- ment inférieure à celle du vagin.
On retrouve principalement des germes aérobies-anaérobies ainsi que des
germes anaéro- bies en quantité moindre. Il est à remarquer que cette
flore est dépourvue de bactéries d'origine cutanée ou entérique-
.La flore vaginale d'une femme adulte est essentiellement com- posée de
lactobacilles sécréteurs de peroxyde d'hydrogène (H2O). Leur
concentration est variable mais peut atteindre jusqu'à 107 UFC/g de
sécrétion vaginale (figure 2).
Leur présence est indispensable à l' équilibre écologique du vagin,
entre autres, par leur pouvoir d'hydrolyser le glycogène contenu dans
les cellules vaginales en acide lactique et de maintenir ainsi un pH
vaginal entre 4,0 et 4,5. Ces lactoba- cilles entrent donc en
compétition avec certains micro-orga- nismes consommateurs de glycogène
comme Candida albi- cans, limitant ainsi leur prolifération. Les
lactobaciUes se fixent également sur des sites cellulaires vaginaux,
rendant indisponibles ces sites pour certains micro-organismes, limi-
tant ainsi leur pouvoir pathogène. Enfin, il est démontré que le
peroxyde d'hydrogène, sécrété par ces lactobacilles inhibe la croissance
de certaines bactéries comme Gardnerella vagina- lis, Prevotella bivia,
Neisseria gonorrha:a?, etc.

Les autres gennes
présent' au sein de cette flore noffiiale sont :
Gardnerella vaginalis, de nombreux geffi1es anaérobies dont des
Peptostreptococci, Prevotella bivia, Prevotella bisiens et autres
Prevotella spp, Bacteroiâes spp, Eubacterium spp ainsi que Mycoplasma
hominis ou Ureaplasma urealyticum. On trouve également des
Staphylococcus epidermidis, des Staphylococcus aureus, des Streptococcus
du groupe O, des Streptococcus B-hémolytiques ou d'autres espèces de
streptocoques, des Escherichia coli, des Proteus, des Klebsiella, etc.
Au total, on peut découvrir entre cinq et dix espèces bacté- riennes
autres que les lactobacilles. Tous ces germes sont pré- sents en faible
quantité. Leur prolifération est un signe de déséquilibre de l'écosystème.
La flore d'une femme normale est globalement à prédomi- nance anaérobie,
avec un rapport germes anaérobies sur germes aérobies compris entre 2 et
5.
Mais la composition de cette flore est susceptible de se modifier chez
la femme noffi1ale sous l'influence de nombreux facteurs, en particulier
l'âge et l'imprégnation hoffi1onale (grossesse, etc.) :
.chez le fretus, la flore vaginale est nulle ;
.dès là naissance, le vagin est colonisé par des micro-organismes en
provenance des fèces et de son entourage direct (mains de la mère, du
personnel soignant, etc.) ;
.au cours des six premières semaines de vie, la muqueuse vagi- nale
étant imprégnée d'estrogènes maternels, la flore vaginale est comparable
à celle d'une adulte (présence de lactobacilles, etc.) ;
.pendant l'enfance, l'imprégnation estrogénique est insignifiante ou
nulle. La flore vaginale est donc constituée de micro-organismes d'origines
cutanée et fécale (colibacilles, staphylocoques, etc.) ;
.au moment de la puberté, l' imprégnation estrogénique débu- tante s'accompagne
de la colonisation progressive du vagin par une flore de femme adulte (lactobacilles,
geffi1es anaérobies, etc.)
.après la ménopause, en l'absence de traitement estrogénique, la flore
s'appauvrit à la fois en lactobacilles et en geffi1es anaérobies. Les
flores génitales féminines constituent donc un système très solidaire.
Tout déséquilibre de l'une d'entre elles peut, d'une part, créer un
trouble local et, d'autre part, provoquer un déséquilibre des
écosystèmes voisins. C' est la raison pour laquelle, les conseils d'hygiène
locale doivent mettre en exergue le strict respect des pH locaux et des
flores situées dans les zones de toilette, c'est-à- dire vulvaire et
vestibulaire. L'utilisation d'un soin d'hygiène intime doit certainement
faire partie des conseils délivrés aux femmes, à condition de bien leur
préciser comment le choisir et d'insisteI: sur la valeur du pU que
celui-ci doit posséder. A cet
égard, le pH d'Hydralin@ Apaisa est tout à fait compatible avec celui de
la vulve et du vestibule, permettant une utilisation quoti- ilienne en
toute sécurité. Hydra6n@ Apaisa, avec un pU à 5,2, res- pecte en effet
l'acidité physiologique (2, 3). Hydralin@ Apaisa contient de l'acide
lactique, qui protège l'équilibre de la flore et préserve l'écosystème
vulvo-périnéal. De plus, le Nymphéa blanc, composé actif de Hydralin@
Apaisa est connu pour ses pro- priétés hydratantes, calmantes et
adoucissantes (4).
Rappelons enfin qu'il est impératif que les femmes bannissent tout
produit contenant des antiseptiques pour leur toilette intime. Une
véritable éducation est à faire en ce sens si l'on se réfère aux résul-
tats de l'enquête menée en 2001 par l'institut Louis Harris (5) à l'initiative
des laboratoires Roche Nicholas, enquête ayant porté sur plus de 1500
femmes. Les antiseptiques sont malheureusement encore les soins
gynécologiques externes les plus utilisés et, en l' absence de problèmes,
38 % des femmes utilisatrices de soins liquides choisissent un
antiseptique à titre de soin quotidien, et pour beaucoup d' entre elles,
leur usage est banalisé, considéré comme un geste d'hygiène avant tout.
fi est essentiel d'infonner les femmes sur les dangers liés à l'utilisation
des antiseptiques; ils détruisent ou endommagent la flore normale de la
peau ou des muqueuses génitales, diminuant les défenses naturelles et
favori- sant même le développement de certains types d'infections géni-
tales (6). On a démontré que les vaginoses bactériennes (7) sont plus
fréquentes chez les femmes utilisant des douches vaginales à base d'antiseptiques
mais aussi chez les femmes utilisant des anti- septiques pour la
toilette vulvaire. L'utilisation des antiseptiques à titre préventif est
également injustifiée puisque leur action est tran- sitoire et partielle
(8). Rappelons en outre que le risque d'effet secondaire n'est pas nul,
avec un risque d'irritation des muqueuses, voire de réactions locales à
type d'urticaire ou d'eczéma (8).
À cet égard, il est impératif de proscrire de la toilette quoti- dienne
de la femme nonnale tout produit contenant des anti- septiques, dont on
sait qu'ils sont source de modification des flores normales. .
RÉFÉRENCES
BIBLIOGRAPHIQUES
I. Neut C et al Ùlflore bactérienne du vestibule vaginal différente de
celle du cul-de- sac ? Poster présenté à la Société française de
microbiolagie, 3-4 juin 2003.
2. BerrebiA, Ayoubi JM. Le déséquilibre de laflore vaginale. Genesis
1999 ; 44 : 11-3. 3. De/croix M, Cheront C. Les infections vaginales.
In: Infections gynécolagiques. Paris : Masson, 1994.
4. Op de Beck P. Le nénuphar blanc. Nymphea a/ha L (Nymphaeaceae).
Dossier interne. Janvier 2{XXJ.
5. Sondage Harris Médical ; première phase : 1350 femmes de 15 ans et
plus représen- tatives de la population française. Étude réalisée entre
septembre et octobre 2001. DeUtième phase: 280 femmes âgées de 18 à 60
ans, utilisatrices de soins gynécolo- giques. Étude réalisée en novembre
2001.
6. Delcroix M. Les antiseptiques en gynécologie; des dérives trop
fréquentes. Gyn Obs 1997; 371.
7. Rajamanoharan S. Low N. Jones SB. Pozniak AL Bacterial vaginosis,
ethni- city. and the use of genital cleaning agents: a control case
study. Sex Transm Dis 1999 ; 26 (7) : 404-9.
8. RCP des antiseptiques.
Pour en savoir plus...
-Askienazy-Elbhar M. Flore vaginale et infections génitales. Validité de
deux mar- queurs : pH vaginal et score de laflore. Gynécol Obstet
Fertil2{XXJ ; 28: 502-8. -Delcroix M, Guérin du Masgenet B. Prurit
vulvaire. In: Décision en gynéco- logie obstétrique. Paris: Maloine,
2001: 21-34.
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18/06/2005
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